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Clean City Lab
Nouvelles approches pour la gestion de la propreté urbaine
La propreté urbaine est un facteur essentiel de l'attractivité et de la sécurité d'une ville, ainsi que de la qualité de vie de ses habitants. Elle joue également un rôle important dans la durabilité de la ville. Les déchets de rue peuvent finir dans l'environnement naturel. Inversément, le nettoyage consomme de l'énergie et de l'eau et génère du bruit, de la poussière et du CO2. Maintenir une ville propre est un défi pour les villes modernes, car la population augmente, la mobilité s'accroît, les comportements changent et les budgets publics sont de plus en plus mis sous pression.
La mission des services de nettoyage municipaux est de veiller à la propreté de la ville et de protéger l'environnement. La plupart des services de nettoyage urbain gèrent leurs activités à l'aide de plannings routiniers hebdomadaires. Certains d'entre eux ont introduit la mesure de la propreté et le développement d'un processus d'amélioration continue. Ce qui ne peut être mesuré ne peut être amélioré.
Dans ce guide, nous présentons comment la propreté urbaine, les ressources et l'empreinte écologique peuvent être optimisées grâce à une approche basée sur les données. Nous proposons des métriques et examinons les bonnes pratiques issues de villes exemplaires et d'expériences de terrain menées dans le «Clean City Lab» de Cortexia à Genève. Les résultats et les mesures d'amélioration issus de ces expériences sont résumés à la fin de ce rapport.
L'objectif est donc de fournir un guide de bonnes pratiques dont l'efficacité a été objectivement démontrée dans la pratique et qui peuvent être utilisées par les municipalités ou les filières à responsabilité élargie des producteurs afin d'optimiser les services publics de nettoyage.
Afin d'améliorer la propreté urbaine, d'économiser les ressources et de protéger l'environnement, un concept de gestion de la qualité a été mis en place, pour lequel nous proposons les mesures quantitatives suivantes :
Selon les objectifs, la propreté urbaine peut être évaluée par des sondages auprès de la population, par le comptage des déchets ou par l'évaluation d'un niveau de propreté. Différentes méthodes ont été définies à des niveaux nationaux et mises en œuvre au niveau municipal. Le comptage des déchets et l'évaluation de la propreté sont intéressantes pour :
La manière la plus précise d'évaluer l'utilisation efficace des ressources par les services de nettoyage municipaux est d'évaluer les coûts de nettoyage. Une comptabilité municipale des coûts de nettoyage serait l'approche la plus précise, mais elle ne peut que rarement être utilisée, car les coûts de nettoyage ne sont généralement pas comptabilisés séparément par les villes. Alternativement, des estimations basées sur les taux horaires du personnel et des machines (approche « bottum-up ») peuvent fournir de bonnes estimations.
Les coûts de nettoyage par habitant varient d'un facteur de 1 à 4 entre les villes d'un même pays, sans corrélation avec le niveau de propreté. Cela signifie que l'utilisation de plus de ressources ne conduit pas nécessairement à une ville plus propre. Nous pensons plutôt que les gains d'efficacité sont obtenus par l'échange de bonnes pratiques entre les villes et les municipalités.
Nous avons identifié et caractérisé trois catégories d'impacts environnementaux :
La réduction des déchets sauvages — moins de pollution — est une approche durable pour parvenir à une ville plus propre en s'attaquant au problème à la source. Un mobilier urbain adéquat pour les déchets et une communication ciblée jouent un rôle clé.
Les poubelles publiques permettent aux gens de se débarrasser correctement de leurs déchets. Alors que les villes se concentrent souvent sur la quantité de corbeilles de rue, leur efficacité — soit la quantité de déchets retrouvés dans la rue après un certain temps — est un facteur bien plus important. Cette efficacité dépend en grande partie de l'aspect et de l'emplacement des corbeilles. Les poubelles bien placées et visibles, telles que les corbeilles colorées ou signalées, sont plus susceptibles d'être utilisées. L'influence exercée sur le comportement par des affiches et les «nudge» est efficace et peut réduire le littering de 25 à 50%.
Il convient d'accorder une attention particulière aux points chauds qui attirent les déchets, comme les points de collecte des déchets ménagers. Les poubelles qui débordent ou qui sont sales peuvent aussi inciter les utilisateurs à être plus négligents et à ne pas disposer leurs déchets correctement.
Il est particulièrement important d'améliorer l'efficacité des poubelles publiques pour l'élimination des mégots de cigarettes, car une étude a montré que 75% des déchets à proximité des poubelles publiques proviennent de fumeurs, dont beaucoup n'aiment pas utiliser les poubelles. Les cendriers ou les éteignoirs doivent être identifiables facilement. En modifiant le design des poubelles publiques, en rendant le cendrier reconnaissable et en améliorant la collecte des mégots, la ville de Genève a pu réduire de moitié la quantité de déchets autour des poubelles.
La gestion de l'infrastructure publique des corbeilles et des cendriers doit également être optimisée. La valeur moyenne du taux de remplissage des poubelles dans le Clean City Lab de Genève est de 40%. Nous estimons qu'il y a généralement un potentiel de réduction de 20 à 50% du nombre de poubelles, en adoptant une approche d'ensemble adaptée qui prend en compte le design, la taille, l'efficacité de la fonction, l'intégration dans l'architecture urbaine, l'ergonomie et la facilité d'entretien des poubelles, ainsi qu'une meilleure signalétique.
Les mégots de cigarettes sont également jetés directement dans les écoulements d'eau de pluie et peuvent ainsi se retrouver dans les cours d'eau. Une signalisation ciblée pour les fumeurs, par exemple directement sur l'écoulement, peut contribuer à éviter une telle pollution de l'eau.
Les véhicules de nettoyage sont généralement utilisés selon un planning routinier et circulent quel que soit le niveau de propreté ou de saleté de la rue. La mesure du niveau de propreté permet de ne nettoyer que là où c'est nécessaire et d'augmenter ainsi l'efficacité des services.
Dans le quartier du Clean City Lab, les services de nettoyage de Genève ont défini leur propre objectif de propreté qu'ils garantissent. Le quartier est divisé en zones qui sont nettoyées selon un planning routinier hebdomadaire. Une première mesure de la propreté a permis d'identifier les zones où la propreté était supérieure à la valeur cible et les zones où elle était inférieure. Le nettoyage dans les zones qui dépassaient la valeur cible a été réduit afin de nettoyer plus fréquemment les zones sales. Il en a résulté une propreté plus élevée et plus uniforme dans l'ensemble du district.
Dans un deuxième temps, les itinéraires des balayeuses ont été réorganisés dans chaque zone en fonction du niveau de propreté et du temps nécessaire pour nettoyer les rues. Cela a permis d'économiser une balayeuse sur trois ainsi que 20% des heures de travail des machines, tout en atteignant le niveau de propreté visé.
Dans le quartier du centre-ville de la ville d'Utrecht (Pays-Bas), le niveau de propreté était inégal entre les différentes zones. Les services de nettoyage ont adopté l'approche genevoise en réorganisant la taille des zones de nettoyage. Le résultat a été un niveau de propreté plus uniforme et plus élevé, à la satisfaction des commerçants et des citoyens. Quatre travailleurs sur dix ont pu être libérés pour d'autres tâches, telles que la prévention des déchets sauvages.
La ville de Bâle a défini le nombre de balayeuses nécessaires pour atteindre le niveau de propreté visé en se basant sur le taux d'utilisation des véhicules et les mesures de propreté. Elle a réduit le nombre total de balayeuses de 15%, ce qui a contribué à compenser le coût du passage à des véhicules électriques plus coûteux. De cette manière, Bâle atteindra son objectif de 95% de nettoyage zéro carbone d'ici 2025.
Ces cas réels illustrent une méthode simple pour atteindre un niveau de propreté plus élevé et plus uniforme avec moins de ressources et moins d'émissions de CO2. Les économies de ressources potentielles se chiffrent entre 10 et 20%.
Ce guide propose des solutions pratiques pour améliorer la propreté urbaine et réduire le salissement et la quantité de détritus. Les situations les plus courantes et leurs mesures correctives sont présentées dans le tableau ci-dessous.
| Constatations | Atténuation |
|---|---|
|
Améliorer l'efficacité du nettoyage en réaménageant les zones de nettoyage, les itinéraires et la planification en fonction du niveau de propreté mesuré. Cette planification peut être adaptée à la saison. |
| Trop de déchets par terre | Améliorer l'efficacité des poubelles en les rendant plus visibles, plus attrayantes et bien entretenues. Placer des poubelles visibles aux points chauds, réduire leur nombre dans d'autres zones. Imposer l'efficacité par une signalétique appropriée. |
| Trop de mégots de cigarettes parmi les déchets par terre | La fonction du cendrier doit être évidente (éteindre et jeter). Le cendrier doit être conçu de manière à recueillir les mégots sans déchets. |
| Littering direct dans grilles d'évacuation des eaux | Sensibiliser les usagers par une communication sur les grilles d'évacuation des eaux pluviales. |
Il existe de nombreuses initiatives pour lutter contre les déchets urbains. Il y en a peu dont l'efficacité et l'efficience ont été mesurées quantitativement de manière objective. Ces bonnes pratiques qui ont prouvé leur efficacité, comme celles décrites dans le présent document, devraient être partagées et reproduites afin de réaliser des économies d'échelle et d'améliorer leur impact. Seule une approche à grande échelle, soutenue par toutes les parties prenantes, permettra de résoudre le problème.
C'est pourquoi nous pensons qu'il est primordial de mesurer quantitativement et objectivement l'efficacité et l'efficience de chaque mesure. Cette efficacité doit être mesurée en termes d'impact (diminution de la quantité de déchets ou amélioration de l'indice de propreté), de coût et de potentiel de passage à l'échelle.
La réalisation d'engagements environnementaux pour une entreprise nécessite une approche structurée basée sur la responsabilité partagée, la collaboration avec les parties prenantes et des mesures basées sur des données.
C'est particulièrement vrai dans les villes. En Europe, 75% de la population vit dans des villes. Le littering urbain a un impact considérable sur l'environnement. 300 milliards de mégots de cigarettes sont jetés chaque année en Europe, dont 12 milliards finissent dans les océans. Le nettoyage consomme des ressources et provoque des émissions de CO2.
Les services publics locaux de nettoyage ont un rôle central à jouer. Ils ont besoin d'une approche structurée, inspirée des approches de gestion de la qualité pour l'amélioration continue telles que le «Plan-Do-Check-Act» ou l'excellence opérationnelle plus récente, afin de se concentrer sur les mesures les plus efficaces, de les améliorer dans un cycle continu et de parvenir à un environnement propre et durable.
Notes
Ce document a été rédigé par Cortexia avec le soutien financier de Philip Morris International. Les points de vue exprimés reflètent les opinions indépendantes de Cortexia.
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