smart. clean. sustainable.
Clean City Lab
Le maintien de la propreté de nos villes mobilise des ressources conséquentes en machines et en personnel. L'IA permet d'objectiver et d'optimiser ces efforts.
Le maintien de la propreté de nos villes mobilise des ressources conséquentes en machines et en personnel. Selon les pays et les villes, le nettoiement urbain peut être : de la compétence de la voirie (service public en régie), délégué à des entreprises privées, une combinaison de ces deux approches ou encore assumé par un partenariat public-privé.
Les organisations respectives sont responsables de la qualité de leur service (autrement dit, du niveau de propreté de la ville) vis-à-vis de leurs donneurs d'ordres : les habitants pour les élus, les élus pour la voirie et la voirie pour les entreprises privées. Selon Ayumi Kawaji, responsable de la performance opérationnelle chez Suez : « La mesure objective du niveau de propreté facilite les échanges entre Suez et ses clients ou entre les collectivités et ses élus ».
Le contrôle de ces prestations est fait, le plus souvent, en vérifiant que les moyens sont engagés comme prévu (obligation de moyens). Cependant, in fine, les usagers sont plus concernés par le résultat que par les moyens engagés. C'est pourquoi, Gautier Feuillepain, directeur propreté de la ville du Havre en France, a notamment renommé le « service de direction du nettoiement » en « direction de la propreté » : « En effet, si on parle de propreté, on fait le lien avec l'habitant et on découvre une approche qui va au-delà du périmètre traditionnel de nos services. »
Dans la relation entre donneur d'ordre et organisation en charge de la propreté, cette qualité de service peut être mesurée au travers d'un indice de propreté, permettant une évaluation objective et quantifiée. C'est une obligation de résultat.
Bien plus encore, cette mesure de propreté permet d'identifier les zones qui sont en sur- ou en sous-propreté par rapport à la qualité de service attendue et d'engager les moyens là où ils sont nécessaires. Autrement dit, de piloter le nettoiement par la qualité et les résultats plutôt que par les moyens.
Les villes qui se sont engagées dans cette démarche ont obtenu des résultats convaincants, que nous allons relater dans cet article Clean City Lab. Nous nous concentrerons sur l'optimisation du nettoiement mécanisé et sur l'amélioration du niveau de propreté.
Comme décrit dans un précédent article (1), le Clean City Index mesure le niveau de propreté d'un lieu (rue, place, etc.) par une note allant de 0 (sale) à 5 (propre). Cet indice peut être étendu à l'ensemble de la ville ou à ses secteurs de voirie (2). La définition de l'indice est la même, indépendamment de la ville. En revanche, le niveau de propreté attendu dépendra de ses objectifs. Par rapport à une qualité de service attendue (par exemple, entre 3,2 et 3,7), nous utilisons les codes de couleur suivants :
Une propreté uniforme sur l'ensemble de la ville améliore la perception des usagers (les zones en sur-propreté ne compensent pas les zones sales). Les exemples que nous allons présenter montrent progressivement comment maîtriser un niveau de propreté objectif, en augmentant le niveau de propreté (transformer les zones rouges et bleues en vertes) et en optimisant l'utilisation des ressources.
Nous avons réalisé avec la VVP – voirie, ville propre de Genève un projet pilote « Geneva Clean City Lab » dans un des secteurs de la ville (au nord-ouest de la gare). L'objectif de ce laboratoire était d'expérimenter, avec les équipes, les démarches de progrès rendues possible par la mesure de la propreté et de quantifier les résultats sur le terrain.
Ce district est divisé en sept zones qui sont nettoyées selon un calendrier routinier hebdomadaire. Le niveau de propreté objectif est de 3,5 à 4,0. La mesure du Clean City Index sur une période d'un mois a mis en évidence que cinq zones se trouvaient dans le niveau de qualité visé, tandis qu'une était en-dessus (est : 4,2) et l'autre en-dessous (ouest : 3,4).
Le chef d'équipe a alors modifié la fréquence de nettoiement de ces deux zones. Dans la zone rouge, il est passé d'une, à deux fois par jour (le second passage n'étant effectuée que dans les rues problématiques), alors que pour la zone bleue, il a réduit la fréquence d'une fois par jour à deux fois par semaine.
Les résultats ont été que la zone précédemment rouge est devenue verte, que l'indice est passé de 3,7 à 4,1, et que le niveau de propreté est devenu plus uniforme. Avec la même quantité de ressources, en changeant simplement la fréquence d'utilisation, la perception ainsi que la propreté réelle se sont améliorées.
Toute la ville d'Utrecht participe à diverses initiatives visant à construire un avenir sain et une ville du bien-vivre (2). Les équipes de l'innovation - Smart City et de la voirie ont cherché une solution pour améliorer la propreté de l'hypercentre et pour réduire les besoins de balayage manuel.
L'hypercentre est nettoyé par deux balayeuses et dix cantonniers. La voirie d'Utrecht l'a divisé en 19 zones, qui sont nettoyées selon un planning hebdomadaire routinier. Une de ces zones correspond aux rues commerçantes ; le maintien de sa propreté est particulièrement important pour la ville. Pourtant, c'est la zone où il y a le plus de plaintes.
Comme dans l'exemple précédent, l'analyse initiale sur un mois a permis d'identifier les zones vertes, bleues et rouges. Cette fois, l'idée a été d'agrandir les zones bleues (augmenter la surface à nettoyer avec les mêmes ressources) et de réduire la taille des zones rouges. Certaines zones ont pu ainsi être regroupées et leur nombre est passé de 19 à 13, ce qui simplifie la gestion. La fréquence et la durée des nettoyages ont aussi été ajustées.
Les résultats ont été une zone commerçante plus propre, un niveau global plus élevé et uniforme. Ces changements ont aussi permis de libérer quatre des dix cantonniers, qui peuvent maintenant être affectés à d'autres tâches, comme la prévention.
Selon Sofie Berns, responsable innovation de la ville d'Utrecht : « c'est un projet très intéressant pour la ville d'Utrecht, que nous avons répliqué depuis dans un autre secteur. Cela permet d'impliquer les collaborateurs sur l'amélioration de leur travail et de libérer des postes pénibles pour des tâches plus valorisantes. Nous répondons aussi aux enjeux de la ville, d'assurer un cadre de vie de qualité sans augmenter les coûts. »
Dans les deux exemples précédents, les changements ont simplement concerné la fréquence de nettoiement et l'ajustement des zones. Une fois le niveau de propreté amélioré dans le secteur du Clean City Lab à Genève, les équipes ont cherché à utiliser leurs machines de manière plus efficiente.
Les équipes ont proposé d'éliminer le besoin d'une des trois balayeuses en optimisant les itinéraires à partir du niveau de propreté mesuré et de la quantité de travail à fournir. José Vilarino, chef d'équipe, relève que : « dans notre première proposition, nous avions été un peu ambitieux et les conducteurs n'ont pas pu effectuer tous les parcours dans les temps. Nous avons pris en compte leurs remarques et la seconde version a reçu un accueil positif. Nous sommes très contents des résultats, ces nouveaux itinéraires ont permis de réduire de 20% les heures de travail des machines tout en conservant le même niveau de propreté. ». Ces nouveaux parcours ont été ensuite été adaptés aux trois périodes : « normal », « vacances » et « feuilles ».
Pour un même niveau de propreté, l'adaptation des itinéraires des balayeuses a donc permis d'éliminer une balayeuse sur trois et de réduire les heures machines de 20%. C'est aussi une économie pour l'environnement.
Depuis de nombreuses années, la ville de Bâle s'engage activement dans la protection du climat, l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Sa voirie s'est vu fixer un objectif très ambitieux pour 2025 : passer à une flotte de véhicules à 95% « zéro-carbone ». « Les coûts d'achats des balayeuses électriques sont encore bien plus élevés que les machines thermiques traditionnelles » confirme Dominik Egli, chef de la propreté urbaine. « Pour concilier objectifs environnementaux et budgets publics, nous avons dû développer des approches innovantes. »
Dominik Egli a creusé l'idée de réduire le nombre de véhicules de son parc. Le remplacement d'un plus petit nombre de véhicules rendrait déjà l'opération rentable en termes de coûts d'investissements. Pour cela, il a travaillé avec les responsables des sept districts qui composent son organisation. Chaque district avait dimensionné historiquement son besoin en véhicules avec des réserves, pour tenir compte des variabilités dans la demande ainsi que dans la disponibilité des véhicules (pannes, entretien, etc). Sur la base des mesures du niveau de propreté, le groupe de travail a alors déterminé le nombre de véhicules minimal nécessaire par district. Les véhicules de réserve ont été mis à disposition de l'ensemble des districts, sur appel. Cette mise en commun a permis de réduire le nombre de véhicules de l'ensemble du parc de 20%.
Un changement d'organisation, avec l'implication des équipes sur l'ensemble de la ville permet ici de fournir un même niveau de propreté avec des véhicules qui n'émettent plus de CO2.
Ces quelques exemples montrent qu'une approche par le pilotage des résultats permet une organisation plus rationnelle, plus efficace des ressources, tout en améliorant perception globale de la propreté. Ces démarches reposent sur l'utilisation d'un indice de référence permettant de quantifier les efforts à fournir et d'objectiver les résultats. Elles impliquent les acteurs de la voirie et valorisent leur contribution à une ville mieux nettoyée. Elles répondent également aux attentes des donneurs d'ordre (habitants, élus, voiries), tout en bénéficiant à l'environnement. Ces approches sont malheureusement encore trop rares ; elles restent l'apanage des villes souhaitant se fixer des objectifs ambitieux et s'investir dans l'innovation de leurs services. L'amélioration continue et le pilotage de la qualité constituent pourtant un objectif dont chaque ville gagnerait à se doter. Nous espérons que ces quelques exemples pourront inspirer d'autres collectivités et les convaincre de se lancer dans l'aventure!
Notes
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